Mes citations

Peut-être parce qu’il lui arrive d’être si attentive aux désirs des autres (en particulier à ceux de ses parents) qu’elle perd de vue les siens, avant qu’ils ne reviennent en boomerang. Oui, c’est cela qui doit la rendre si difficile à suivre : cet aller-retour permanent entre les désirs des autres et les siens.

Récemment il lui est venu une drôle d’idée : s’il lui est impossible de se marier avec sa propre s½ur, il ne peut pas davantage divorcer d’elle.

On est si excessif à son âge, si encombré d’idéal.

[...] ils n’avaient ni le même tempérament, ni les mêmes goûts, ni les mêmes désirs. Pourtant, il était bien obligé de reconnaître que par des chemins différents, ils aboutissaient souvent au même endroit. Une force d’attraction secrète les faisait converger [...]

Nous avons tous été tués. Il y a si longtemps que nous l'avons oublié.

Toute ta vie, tu n'as écouté que les autres ; tes maîtres et tes gourous, tes chefs et tes démons qui te parlaient de guerre, de fiel et d'affronts. Tes oreilles en dégoulinent ; tes mains en tremblent.

A Kaboul, les joies ayant été rangées parmi les péchés capitaux, il devient inutile de chercher auprès d'une tierce personne un quelconque réconfort. Quel réconfort pourrait-on encore entretenir dans un monde chaotique, fait de brutalité et d’invraisemblance, saigné à blanc par un enchaînement de guerres d'une rare violence ; un monde déserté par ses saints patrons, livré aux bourreaux et aux corbeaux, et que les prières les plus ferventes semblent incapables de ramener à la raison.

Je n'avais aucune envie d'aider un gouvernement [américain] qui pendait des nazis les lundis, mardis et mercredis, et qui en recrutait dans ses services de renseignements les jeudis, vendredis et samedis.

En ces temps difficiles, le simple fait de survivre était une sorte d'exploit. Ça n'était pas quelque chose qui arrivait tout seul. Vivre en Allemagne nazie demandait un effort constant.

Mais n'est-ce pas exactement comme ça que Hitler a été élu ? A cause de tous ces gens qui se fichaient de savoir par qui serait dirigé le pays ?

Me masquer, sauver la face, donner le change, cet effort que je pus accomplir moins de deux années, j'imagine que d'autres êtres (qui sont mes semblables) y persévèrent souvent jusqu'à la mort, sauvés par l'accoutumance peut-être, chloroformés par l'habitude, abrutis, endormis contre le sein de la famille maternelle et toute-puissante. Mais moi, mais moi, mais moi...

De même qu'ici toutes les voitures sont « à la voie », c'est-à-dire assez larges pour que les roues correspondent exactement aux ornières des charrettes, toutes mes pensées, jusqu'à ce jour, avaient été « à la voie » de mon père, de mes beaux-parents.

La famille ! Thérèse laissa éteindre sa cigarette ; l’½il fixe, elle regardait cette cage aux barreaux innombrables et vivants, cette cage tapissée d’oreilles et d’yeux, où, immobile, accroupie, le menton aux genoux, les bras entourant ses jambes, elle attendrait de mourir.

Petite fille pratique, enfant ménagère, elle avait hâte d’avoir pris son rang, trouvé sa place définitive ; elle voulait être rassurée contre elle ne savait quel péril. Jamais elle ne parut si raisonnable qu’à l’époque de ses fiançailles : elle s’incrustait dans un bloc familial, « elle se casait » ; elle entrait dans un ordre. Elle se sauvait.

Saurai-je jamais rien dire des êtres ruisselants de vertu et qui ont le c½ur sur la main ? Les « c½urs sur la main » n’ont pas d’histoire ; mais je connais celle des c½urs enfouis et tout mêlés à un corps de boue.

D'après l'évêque [Ussher], Dieu avait créé le Ciel et la Terre dans la nuit qui avait précédé le 23 octobre 4004 avant J.-C.

C'était une idée trop radicale pour la plupart des gens. Même moi, qui m'estimais large d'esprit, j'étais un peu choquée de la prendre en considération, car elle sous-entendait que Dieu n'avait pas réellement réfléchi à ce qu'Il allait faire de tous les animaux qu'Il avait créés. S'Il était disposé à laisser des créatures disparaître sans sourciller, qu'est-ce qu'une telle indifférence impliquait pour nous ? L'espèce humaine allait-elle s'éteindre elle aussi ?

J'ai rencontré des tas de gens comme elle : des gens qui ont peur de ce qu'ils ne comprennent pas.

Elle éprouve un besoin presque douloureux de sortir, de voir autre chose que les quatre murs de sa maison, de sentir le monde, d'y évoluer. Parfois, elle se surprend à [le] dévisager lorsqu'il rentre de son travail, avec le monde extérieur qui paraît encore collé à sa peau. Elle a alors envie de s'approcher de lui, de respirer cette odeur, de humer cette vie citadine. Désespérément, elle voudrait se trouver ailleurs, n'importe où.

Ces derniers temps, elle est paralysée par la crainte de voir lui échapper ce qu'elle désire le plus – que sa vie commence, ait un sens, passe d'un gris terne à un magnifique technicolor. Elle redoute de ne pas reconnaître l'occasion qui pourrait se présenter à elle, de ne pas la saisir.